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Les temps modernes, encore!

Éric Messier  ©

(Avant-propos de l’ouvrage La gestion de l’intangible, par Marc Cardinal.)

« L’histoire de l’industrie et de la libre entreprise, de l’humanité en quête du bonheur. »
(Charles Chaplin, Les temps modernes; 1937)


Un beau matin, à l’usine de Electro Steel Corporation. Charlie est fidèle au poste, comme toujours. Il serre des boulons sur des plaquettes. Des plaquettes qui défilent devant lui sur la chaîne de montage.  Son rôle est, semble-t-il, très important : à ses côtés, deux autres journaliers font une autre opération sur ces plaquettes et cette opération ne peut pas être réussie si Charlie n’a pas bien serré ses boulons.

Qu’une distraction survienne, qu’une mouche surgisse à la face de Charlie qui « oublie » ainsi quelques plaquettes, et c’est la panique. Il doit quitter son poste très précisément désigné et bousculer ses deux confrères – qui l’engueulent, bien sûr – pour aller serrer les boulons oubliés. De toute évidence, la chaîne n’a pas été conçue pour parer à ces facéties humaines : elle continue de rouler, elle!

Comme si ça ne suffisait pas, le président de la compagnie contacte le contremaître – sur un écran où apparaît, amplifié, son visage menaçant – et ordonne d’augmenter la cadence de la section 5. Celle de Charlie!

La folle chorégraphie (un autre talent de Chaplin) reprend alors de plus belle. Les mêmes gestes répétés au point de continuer même quand la chaîne est arrêtée. En effet, le pauvre Charlie se met à halluciner et serrer les « boulons » qu’il voit au lieu du nez des gens, au lieu des boutons hexagonaux de la jupe de la secrétaire et jusque sur le buste d’une passante dans la rue. C’est la commotion!

Mais bientôt, enfin, Charlie peut prendre une pause. Il poinçonne sa carte et se rend à la salle de bain pour y griller tranquillement une cigarette. Il n’a pas vraiment le temps de profiter de ce répit, bien mérité d’ailleurs : le visage courroucé du grand patron lui-même apparaît soudain sur un autre de ces écrans qui lui assurent un contrôle partout dans l’usine. Jusqu’aux toilettes! « Retournez au boulot! », ordonne le patron. Charlie, médusé, obéit docilement.

La cadence est encore augmentée. Cette fois, la danse se fait syncopée et débile. La machine est impitoyable pour Charlie qui, pourtant, ne demande pas mieux que de la satisfaire et de remplir honorablement sa tâche. Mais elle est trop grosse, trop puissante. Trop exigeante, sourde. Elle ne peut pas savoir. L’ouvrier devait utiliser la machine mais c’est le contraire qui semble se produire. Cela est bien illustré quand Charlie devient, littéralement, partie intégrante de la machine, entraîné, impuissant, dans les tout-puissants engrenages. La victoire de la machine.

Charlie est soigné à l’hôpital pour dépression nerveuse. Lorsque, guéri, le médecin lui donne son congé, ce dernier lui prodigue ses conseils : «Allez-y doucement; évitez les sources d’énervement». Sans blague!   Pauvre Charlie... Dès la sortie de l’hôpital, il se retrouve malgré lui mêlé à une manifestation syndicale. Arrêté, condamné, il est jeté en prison. Son crime? Il serait un leader communiste.

La suite raconte les mésaventures de Charlie continuant de lutter contre une machine d’une autre nature que celle de l’usine mais qui lui ressemble néanmoins : tout aussi énorme et impitoyable, inadaptée aux besoins, au potentiel et aux aspirations de ses composantes.

Ce mécanisme contre lequel Charlie vivra la lutte la plus dure et la plus amère mais dont l’histoire ne dit pas qui en sort gagnant, c’est la société des hommes. La dernière organisation. L’ultime mécanique.

                                                                       ***


Ce scénario génial entre tous dans l’œuvre de Charles Chaplin illustrait très bien, déjà en 1937, le tort qu’une machine aliénante peut causer à ses composantes humaines à cause de l’inadaptation entre les deux.  Cette lutte de l’ouvrier contre la machine peut aussi être lue comme une allégorie sur l’inadaptation, celle de Charlie aux prises avec des règles sociales qu’il ne comprend pas malgré ses efforts (même maladroits).

Le lien apparaîtra clairement entre cette « histoire des temps modernes » et le propos du présent ouvrage. Car les malheurs de Charlie naissent de son incapacité à comprendre les rouages d’une organisation (mécanique dans un cas, sociale dans l’autre). Dans les deux cas, l’organisation dont il devrait contribuer à dicter le fonctionnement lui fait perdre ses moyens et sa bonne volonté; elle fait de lui un paria mésadapté et finalement inopérant, inutile. En bout de ligne, surtout, l’homme et la machine apparaissent tous deux perdants.

Modern Times est maintenant bien ancré dans la soixantaine. Chaplin y est le témoin de ce qu’on percevait alors comme les temps modernes; mais qu’entend-on au juste par « temps modernes »?   Notre pensée rationnelle nous fait croire que les temps modernes, c’est aujourd’hui. Mais en réalité, ils ont toujours existé, puisqu’ils sont relatifs à une époque donnée et surtout à la technologie de cette époque. Autant dans l’Antiquité, au Moyen Âge qu’aujourd’hui, des gens pourraient, en toute bonne foi, parler de leur époque en évoquant les « temps modernes ».

Aussi, de nos jours, avec l’ère informatique, le réseau Internet et la réalité virtuelle, sommes-nous obnubilés par ces « temps modernes ». Il est vrai que nos technologies progressent à un rythme éffréné, voire exponentiel. À ce train-là, justement, si la révolution industrielle a 200 ans quand donc surviendra la prochaine? Cinquante, quarante ans? Beaucoup plus vite encore?  Mais avant de parler de la prochaine révolution, commençons par bien cerner celle que nous vivons depuis le début du 20e siècle. Où en sommes-nous? Nous voyons clairement que la révolution industrielle est chose du passé; qu’on en est maintenant au changement de modèle social par l’information.

L’information est en passe de devenir l’ultime produit et l’ordinateur, l’ultime machine. L’information voyage de plus en plus rapidement à la surface de la planète. À la vitesse de la lumière, littéralement, comme le font certaines ondes qui s’échappent de la Terre en direction du cosmos, susceptibles d’être captées par d’autres intelligences.

Le réseau Internet offre l’accès à une banque de données tellement riche et complexe (et des données, en même temps, souvent futiles) qu’on ne sait plus trop quoi en faire. L’ordinateur va-t-il perpétuer ce modèle de la machine impitoyable qui asservit son utilisateur plutôt que le servir, tout comme Charlie prisonnier des engrenages à l’usine? Les patrons comme celui de Charlie ont voulu adapter l’homme à leurs machines plutôt que faire l’inverse. L’histoire se répétera-t-elle avec la révolution de l’information?

Les deux questions auxquelles nous devons donc répondre en nos « temps modernes » si nous voulons éviter que ne sévisse à nouveau le conflit homme-machine sont les suivantes : qu’allons-nous faire de toute cette information, et à qui donnerons-nous le pouvoir assorti à cette quantité d’information? Nous devrons y répondre avant longtemps avant de devenir prisonniers impuissants des rouages de cette nouvelle machine.

Et si Charles Chaplin faisait son film aujourd’hui, au début du troisième millénaire, à propos de nos temps modernes? De quoi se moquerait-il, puisque les paradigmes de la révolution industrielle qu’il dénonçait en 1937 ont aujourd’hui tendance à disparaître?  Il aurait plein les bras de matière à satire en observant l’immense volume de contradictions qui caractérisent nos organisations aujourd’hu. Dans ce livre, nous verrons que dans les organisations, on parle d’adaptabilité mais qu’en même temps, on renforce les règles; on parle de créativité mais on impose une rationalité toujours plus étroite et on parle de déréglementation tout en renforçant le contrôle.
 
Dans l’actuel contexte où il faut apprendre à gérer ces changements très rapides comme autant d’opportunités et à gérer l’intangible (l’humain, le « facteur humain »), le défi consiste à unifier les sciences humaines et philosophiques pour les amener de la théorie à un niveau où on pourra les gérer, les mettre réellement en application dans l’organisation. C’est, sommairement, le grand objectif de cet ouvrage, objectif qui s’articule de façon logique et progressive à travers ses huit parties.
    
    
Et qu’ils s’amènent, les « temps modernes ». Encore.


(Éric Messier  ©)

 
     
     
 
 
   
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